Ne jamais se fier aux apparences

Ne jamais se fier aux apparences - Léonard Paprika

Je venais de m’installer dans une jolie maison, dans un quartier résidentiel calme près d’une grande ville. J’avais un ami qui venait de cette ville, et il semblait se plaire ici. Pour mon emménagement, j’avais besoin de presque tout. Mes anciens meubles avaient été vendus, car ma nouvelle habitation était loin de l’ancienne. Leur transport m’aurait coûté plus cher que leur valeur. J’avoue que j’appréciais aussi de faire des achats. Je sillonnais ce territoire inconnu rempli de magasins que je ne connaissais pas encore, en quête de la console parfaite pour le couloir, d’une table de salle à manger modulable, d’un auvent uni beige. Mes recherches étaient précises, j’ai toujours su exactement ce que je voulais. En règle générale, je ne craque pas pour n’importe quoi. J’ai, depuis peu de temps, des moyens financiers plus importants qu’avant, et je peux me permettre à présent de dépenser sans compter, mais mes vieilles habitudes ont la vie dure, et je regarde toujours le prix d’un objet avant de l’acheter.

Ce jour-là, au détour d’un rayon, mon œil s’attarda sur un bureau. Un grand plateau simple, au rebord arrondi, couleur chêne clair, des pieds en acier chromé, son esthétique me plaisait. En réalité, un vrai coup de foudre était venu s’abattre sur moi dès que je l’avais vu. Je regardais si une étiquette, quelque part, m’informerait sur son prix. Rien. Je fis le tour du magasin une bonne dizaine de minutes pour trouver quelqu’un. Perchée sur de hauts talons, une femme habillée avec beaucoup d’élégance poussa la porte derrière la caisse. Je l’appelais, obnubilée par le si beau bureau et énervée de ne pas avoir immédiatement ce que je voulais.

Elle me regarda de la tête aux pieds, avec un léger dédain. Le prix qu’elle m’annonça était si énorme que je crus qu’elle s’était trompée, ce que je lui fis remarquer. Elle le répéta en détachant bien chaque syllabe. Elle me toisa avec insistance, attendant visiblement que je parte. Je n’appréciais pas sa condescendance. Ce genre d’attitude déclenche chez moi une grande colère. Du même ton, je lui répliquais que j’allais demander à mon chauffeur de passer pour prendre le bureau. Je payais rapidement, me délectant de la surprise qui se voyait sur le visage de la femme.

En sortant, je téléphonais à mon ami. Je lui expliquais la situation. Quelques minutes plus tard, il arriva, au volant de la limousine de son patron. Évidemment, mon affreuse vendeuse ne pouvait pas le savoir. Je m’assis à la terrasse du café d’en face. Même de loin, je vis son effarement quand Jean arriva. Je ne suis jamais retournée dans cette boutique, mais je pense que la vendeuse se souvient encore de moi.