Quand l’ambition s’en mêle

Quand l’ambition s’en mêle - Léonard Paprika

Un de mes amis avait pris la décision de se remettre à faire du sport. Il en avait grandement besoin. Il avait passé plus de deux ans à travailler dans des bureaux fermés à l’abri de la lumière du soleil. Il commençait très tôt le matin pour finir très tard le soir. Il n’avait presque plus de vie. Il commençait à dépérir physiquement, sans s’en rendre compte. J’allais le voir un jour, pour lui dire qu’il avait plus qu’intérêt à se remettre à bouger et à faire le nécessaire pour retrouver la forme. Il avait créé sa propre société, et ne pensait pas que cela lui prendrait autant de temps. Sa deuxième année lui donnait un bilan positif, mais il devait encore faire ses preuves. Beaucoup de gens lui conseillaient de faire de la course à pied le matin, avant de venir au bureau, premièrement pour s’oxygéner, et deuxièmement, pour voir un peu le ciel et le soleil.

Un des gardiens de son bureau lui promettait de courir avec lui les premiers jours, pour lui indiquer la bonne marche à suivre. Bien s’hydrater avant de commencer, et savoir garder le rythme tout le long de la course. Il fallait aussi qu’il sache à ses débuts, exactement quand s’arrêter, quand il le fallait. Il avait de la chance d’avoir un coach qui travaillait dans le même étage que le sien. Il faisait cependant quelque chose que je n’avais jamais eu l’idée de faire avant de commencer de courir moi-même. Il avait téléchargé une application sur son smartphone qui lui indiquait la qualité de l air. C’était à ses yeux beaucoup plus importants que de s’hydrater, ou de choisir une bonne paire de chaussures de course.

Il m’invitait un matin à faire le même parcours que le sien. Cela ne faisait que deux mois qu’il avait commencé et comme je n’en étais pas à ma première année de course à pied, je me disais que j’allais l’accompagner sans me fatiguer. C’est la chose la plus incroyable que je vivais cette année-là. Non seulement, il me dépassait très vite, mais j’étais presque tout le trajet à la traîne. Je voulais garder le rythme et essayait de rester au niveau de ses épaules jusqu’à l’arrivée au bureau. Je croyais rendre l’âme, lorsque je touchais les portes de l’ascenseur. Ce qu’il y a de pénible avec les ambitieux, c’est qu’ils ne se contentent jamais de l’être sur un seul sujet. Ils ont toujours besoin d’être les premiers partout et cela est assez fatiguant.